mercredi 6 avril 2016

Angel d'Elizabeth Taylor



L'avis de Gaby

N'ayant pas aimé Jane Eyre, j'ai tout de même donné ma chance à Angel d'Elizabeth Taylor. Un effort assez conséquent car ma première vision était celle de l'actrice (en fait, l'auteure est un homonyme). Je n'en menais pas large en allant en caisse. C'est véritablement le résumé qui m'a convaincu de l'acheter et les éloges qui lui étaient adressés.

Angel est une gamine de quinze ans élevée par sa mère dans un petit village. Elle et sa tante sacrifient toutes leurs économies dans l'éducation de la jeune fille. Angel n'a pas réellement conscience de son environnement, sans cesse perdue dans ses rêveries, en train de chercher un ailleurs. Un jour, elle décide d'écrire un roman... qui devient un succès. Sauf que son oeuvre est tout sauf du grand art.

Le point de friction entre fantasme et réalité est la clé de voûte de ce roman prenant qui critique la littérature populaire. Angel n'a aucune culture, invente totalement ses univers bien qu'elle les situe spatialement et temporellement. Ce n'est pas par manque de volonté mais par frustration qu'elle a commencé à imaginer ses vies fantasmagoriques et donc ses romans. Depuis son plus jeune âge, son appétit a été comprimé par le manque de moyen de sa famille et de son école. Pour combler le vide, elle brode.

Si ses aventures réjouissent le grand public, Angel est perpétuellement critiquée pour ses erreurs, ses maladresses et ses envolées lyriques. Ses textes ne trouvent pas grâce aux yeux des experts mais lui amènent un noyau solide de lecteurs. A travers ce livre, le lecteur remet en question la notion de littérature. Faut-il que les romans s'attachent aux notions partagées par tous pour être crédibles? Cette crédibilité s'acquiert-elle par les critiques ou le public? La lecture peut-elle se faire à différents degrés? En quoi est-ce mal de dériver du réel? Existe-il une bonne et une mauvaise littérature?

Les enjeux soulevés dans ce roman sont très actuels. Cinquante nuances de Grey et autres titres pourraient avoir été écrits par Angel. Une personne de peu de culture aux yeux des plus grands et qui arrive à se faire sa place en compensant par d'autres qualités comme sa vive imagination et sa grande mémoire.

Le récit ne se résume pas seulement à la question de la littérature. Angel est aussi une personnalité à part entière peu ordinaire. Dans tout le roman elle peine à vivre dans le réel et s'arrange avec la réalité y échapper. C'est une enfant puis une femme perpétuellement seule, incomprise, avec des grandes difficultés pour s'extérioriser.

Elizabeth Taylor ne nous laisse à aucun moment percer son personnage. A nous d'interpréter ses attitudes et ses failles. Un très beau travail d'écriture car Angel est une personne très humaine et colorée. Piquante et fantasque, elle est aussi fragile. Même si nous ne saurons jamais comment elle en est arrivée là, on la suit pour savoir comment elle termine. J'ai simplement aimé la découvrir, se révéler pour mieux se cacher, la possibilité de ne peut-être jamais la cerner.

Le roman de qualité est servi par une plume classique et simple. Il plaira aux amoureux des livres et aux histoires de jeune femme de la vieille époque. C'est vraiment rare d'avoir affaire à une protagoniste au profil si abouti ! 


Note (sur 5) : ☼ ☼ ☼ ☼ 

L'histoire d'une auteure à succès sans talent. Un roman à l'intrigue réfléchie.

➳➳➳Vous aimerez pour : la personnalité d'Angel, la remise en question de la littérature à succès et des critiques, le récit 

Présentation de l'éditeur

Angel n’a rien d’un ange. Elle méprise sa famille et passe ses journées à s’inventer des vies. Cette rage se transforme en énergie. À seize ans, la mythomane excentrique devient une icône de la littérature à l’eau de rose. Elle mène alors l’existence qu’elle a toujours cru mériter : elle se marie, dépense sans compter, est entourée, célébrée. Mais les contes de fées n’existent que dans les livres, même pour ceux qui les écrivent, et notre rêveuse ne pourra enrayer la chute.

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