dimanche 12 juin 2016

[Blabla] La fin de ce blog aurait pu être annoncée...




Bonjour,

ceux qui suivent un peu mes péripéties ne sont pas sans savoir que ma vie a connu de gros bouleversements depuis quelques mois. Je ne viens pas ici vous raconter ma vie mais revenir sur ces derniers moments afin de vous expliquer la nouvelle évolution du blog.

Comme je n'ai cessé de rappeler, La biblio de Gaby a été créée pendant ma période de chômage. J'ai toujours adorer découvrir et apprendre, l'université m'a toujours plu, l'environnement des études aussi mais j'ai toujours été frustrée. Je n'ai aucune patience, je suis incapable d'avoir une concentration sur le long terme et l'apprentissage est un combat autant qu'une passion. Bref, débarquée dans le monde du travail, je n'imaginais pas un seul instant stagner dans ma vie et devenir un outil de la société destiné à juste cocher des cases et participer au bon fonctionnement du système. Je rêvais de mieux, de plus.

Le blog m'a poussée à avoir une activité intellectuelle passionnante et contrainte, et elle me rassurait quant à cet immobilisme imposé par le chômage, le manque de moyens financiers, le décalage entre ambitions et réelles capacités. Il a été créé alors à l'aube de ma sortie d'études et pendant une grande période d'insatisfactions. J'ai toujours voulu garder mon anonymat pour plusieurs raisons : car cette plateforme est un laboratoire dans lequel j'expérimente un peu tout que ce soit en design et en écriture ou en challenges, et aussi car je ne conçois pas de faire de l'ombre à ma vie professionnelle. Car oui, pour moi, la vie professionnelle doit faire partie de ma vie personnelle. Il y a un tout : mon passage sur cette Terre. Et autant je ne souhaite pas me priver d'expériences (comme ce blog), autant je ne souhaite pas que des gens qui me connaissent sachent tout de moi. La porte de l'intimité doit savoir se fermer.

Quatre ans plus tard, j'ai trente ans, je reviens d'un an à l'étranger, je sors d'une rupture amoureuse. Ma vie qui se raccrochait toujours à un fil (que ce soit par l'amour, les études, la famille) était début 2016 totalement face au précipice, où tout était rompu d'un coup. Non pas dans la façon dramatique du reculé au pire, mais face à ce grand saut où il est nécessaire de tout recréer pour avancer. Il était temps de faire le bilan, de voir où accorder du temps, comment faire au mieux pour exploiter mon temps sur Terre, que je ne veux pas gâcher.

J'ai pris du recul, j'ai réfléchis. Je me suis rendue compte qu'en quatre ans de lecture intensive, je pouvais enfin déculpabiliser en me disant que j'avais un minimum d'armes intellectuelles et me permettre de ne pas toujours me déprécier. J'ai lu des grands classiques (il m'en reste beaucoup à découvrir), j'ai fait le tour du monde Booktube, blogo, communication, monde du livre. J'ai suivi toute l'évolution du phénomène et je suis contente d'avoir été témoin de cela. Mais, ce n'est pas là où je me vois. Je ne me vois pas me restreindre à un monde, une caméra, une plateforme, la même thématique, le divertissement.

Ma vie ne peut se contenter d'un sujet, je n'ai pas les capacités mentales au point de me focaliser sur une thématique tout au long de ma vie. Il faut faire avec. Je ne me vois pas avec maison-copain-enfant. Je ne me vois pas dans ces cases avec la grande bibliothèque et la maison en dur et le fauteuil. Seulement, dois-je culpabiliser de ne pas être comme la majorité des gens ? De ne pas vouloir d'une vie linéaire tranquille d'un point A et d'un point B? Non, clairement, c'est évident, tout le monde a le droit de vivre sa vie à sa façon.

D'avril à juin, cela a été une bataille. Avec mon retour dans un monde professionnel purement français qui ne te laisse aucune chance. Les employeurs sont dans un mode "survival", c'est infernal. Dans les pays étrangers, on te laisse ta chance. Ici, il faut tout savoir faire tout de suite. Avec un background différent et non linéaire, autant te dire que tu n'as aucune chance de t'en sortir. Et le pire, la plupart des gens trouvent cela évident de devoir être totalement compétent dès le premier jour en cas de prise de poste dans une nouvelle fonction. Je conçois tout à fait que certains y arrivent, mais une partie de la population n'est pas formée pour cela. Ce n'est pas mon cas. Je n'apprends pas pour refaire, je n'ai jamais pu. Alors, suis-je moins bonne que vous? Suis-je plus bête que vous? J'ai moyennement apprécié ce manque de tolérance à l'égard de la diversité humaine. J'ai du redoubler d'efforts pour acquérir ce poste et ce CDD d'un an, pour rentrer dans les rangs. Et je pensais à tous ces gens à qui on ne laisse aucune chance : les hypersensibles, les personnes à handicap ou ceux qui ont vécu de lourdes difficultés au point de sombrer dans la psychose, les personnes malades, les gens qui sont un peu plus lents, et j'en oublie... Je ne parle pas de ceux qui ne veulent pas participer à la vie humaine et collective et qui se focalisent sur la violence, la haine, la peur de l'autre, mais à ceux qui ne peuvent pas (et non ne veulent pas) s'y conformer. Alors le blog, c'était un peu le dernier de mes soucis.

Avec Ondine, il a fallu aussi clarifier certains points. Elle ne PEUT pas mettre en ligne ses chronique, soit. Mais il fallait qu'elle intègre que de mon côté je ne POUVAIS pas non plus. Avec un emploi payé quasi au smic et plus de cinquante heures de boulot par semaine, ajouté à des heures de travail à domicile, une anxiété croissante, un travail passionnant mais très stressant.... J'avais vraiment envie de tout abandonner, fermer ce blog, qu'elle se débrouille. 

Finalement, un peu moins de deux mois plus tard, je reprends le blog. Mais le rythme sera moins soutenu, car je n'ai pas envie de saccager mon travail et souhaite en préserver la qualité. D'autant plus que je désire maintenant vous proposer un travail un peu plus correct. Le contenu sera certainement plus diversifié en terme de lecture car j'ai besoin de me replonger dans des ouvrages qui concernant ma branche professionnelle, que vous ne saurez pas, mais qui n'est pas éloigné de l'univers de l'Internet et de la communication.

J'ai aussi envie, avec ce billet, de lancer un appel à la tolérance. Je lis ça et là des gens qui se permettent de juger de questions "bêtes" que ce soit des libraires ou des bibliothécaires ou des vendeuses, ou des blogueurs, de commentaires méprisants ou en apparence désagréable. Je suis la première à faire l'erreur de réagir sur le vif. Mais n'oubliez pas que personne n'a la science infuse, et qu'aucune question n'est conne. Et aussi que vous ne connaissez pas personnellement la vie de la personne qui est à l'initiative du commentaire. Evidemment, vous n'avez pas la responsabilité de le savoir, mais peut-être réfléchir avant de dénoncer sur les motivations d'un acte. Si on pose une question, c'est car le sujet n'est pas clair. ET mieux vaut être un curieux abruti qu'un ignorant conscient !

Donc lecteur et lectrice, n'ayez jamais peur de ne pas savoir. Tout le monde sait forcément des choses mais pas dans tous les domaines. Et si jamais on vous reproche d'être différent, de ne pas savoir telle chose, de vous intéresser à des univers qui paraissent éloignés de ceux des autres, envoyez les paître. Personne n'est née en ayant la science infuse. Tout commence par un petit pas, et il faut oser le faire. Nous sommes tous des débutants. Ce monde a besoin de diversité, de différence et de tolérance. Et pour l'avoir vécu et le vivre encore, c'est là un gros défi de la France.

[Je tiens à préciser que ce post n'est en aucun cas du registre de la plainte, ni du râle. Je ne suis pas en quelconque difficulté psy, financière ou autre. Je partage une petite partie de ma vision actuelle de la société française, à travers mon expérience.]

6 commentaires:

  1. Ce ne sera sans doute pas une surprise pour toi, mais je me retrouve beaucoup dans ton parcours, tes interrogations et ta perception des choses. J'ai aussi créé le blog pendant une longue période de chômage et ça me permettait d'avoir une activité intellectuelle au milieu de tout ce vide.
    J'ai aussi souffert et souffre encore de mon rapport au milieu du travail, cette malédiction de manquer de confiance et de savoir que non, on ne peut pas tout connaître en arrivant sur un poste, tout en sachant que je suis loin d'être bête et que j'ai beaucoup à apporter... schizophrénie, déprime et jobs alimentaires.
    Tu as raison de tenter la reprise à ton rythme. J'ai tenté aussi, ça a donné des périodes plus ou moins productives (parfois pas du tout, parfois très), mais ce n'est pas grave.
    Et puis j'ai lâché complètement en mars dernier (avant en fait, mais officiellement là). Il y avait un tel manque d'authenticité (dans le sens : c'était trop de recul, trop d'analyse, pas assez de simplicité et spontanéité, trop rigoureux, trop réfléchi) et de plaisir dans ce que je faisais (ou comment se forcer à écrire des chroniques, même si on aime ça) et comment je le faisais que je n'y arrivais plus. Surtout que j'ai depuis octobre du mal à lire, donc j'avais besoin de me recentrer sur l'essentiel : le plaisir de lecture.
    Aujourd'hui je ne vois toujours pas comment reprendre, même si le retour du chômage me donne théoriquement tout le temps du monde. Il faudrait à nouveau tout repenser et je manque d'envie et de confiance pour ça. Du coup je ne sais pas... J'espère que tu n'en arriveras pas là ou que cette étape signifiera pour toi que tu as trouvé "mieux", une autre passion, un autre endroit où t'engager qui t'apportera plus. Et pour l'instant je te souhaite de trouver la forme qui te convient, même si elle doit être irrégulière :)

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  2. Je traverse également une période de bouleversements dans ma vie, même si je ne souhaite pas pour le moment en faire étalage dans les espaces plus ou moins publics, et même si nos parcours, expériences et ressentis sont tous différents je crois comprendre ton épuisement mental. L'année dernière je n'arrivais plus à faire les choses que j'aime faire d'habitude, plus rien ne m'intéressait, et il m'a fallu du temps pour reprendre certaines choses en main, tout doucement, et reconstruire des choses étape par étape. C'est long et fastidieux, mais il semble que ce soit nécessaire dans ces cas-là. Lorsque le travail prend en plus du temps et de l'énergie physique c'est encore plus nécessaire. Prends donc le temps qu'il te faudra pour retrouver un chemin plus paisible et qui te convient mieux, avec un minimum de perte d'énergie à faire des efforts qui semblent inutiles.
    Pour le moment je suis occupée jusqu'en mars prochain, mais ensuite j'aurais de nouveau à faire face à des recruteurs qui vont me demander ce qu'au juste je voudrais faire de ma vie car rien n'est clair au vu de mon CV... Si ça peut te rassurer (ici en France) je suis tout de même tombée sur un ou deux recruteurs qui ont parlé de polyvalence et de curiosité, dont un qui a retenu ma candidature. Même quand c'est pour un poste alimentaire, c'est toujours bon à entendre !
    Bon courage pour la suite.

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  3. Nyxlapolicecomicsansms12 juin 2016 à 15:58

    J'ai traversé à peu près la même chose et comprends totalement ton désarroi, notamment vis-à-vis du marché du travail.

    Assez dingue de constater, entretien après entretien, la défiance des employeurs à l'égard de cette jeunesse, cataloguée à l'extrême. J'étais d'autant plus scandalisée que je disposais d'un CV pas dégueu (université réputée, major de promotion) et je me souviens m'être dit à chaque fois que ça devait être 10 fois plus dur encore pour quelqu'un sans diplôme. Ca me révoltait. J'ai entendu toute ma vie que travaillait dur ouvrait toutes les portes et quand j'ai réalisé que ce n'était qu'un mensonge, qu'elles étaient au contraire toutes fermées car le milieu qui m'intéressait n'accordait d'importance qu'aux relations, j'ai eu une grosse période à vide...

    J'ai fini par avoir la chance de tomber sur quelqu'un qui a cru en ma personne et non en mon CV, bien que je n'avais aucune expérience dans le domaine en question (j'ai bien dû m'ouvrir, vu que dans mon domaine c'était stage à gogo ou 5 ans d'exp min...) mais aujourd'hui encore, je l'avoue, je garde beaucoup d'amertume envers ce système pour qui j'ai tout donné (mes études passaient avant tout) pour rien au final, à titre perso et surtout à titre... humain on va dire, pour tous ces jeunes à qui on brise les rêves, la confiance, sans raison véritable.

    Courage à vous deux en tout cas et j'espère que ce n'est pas la dernière fois que je vous lirai.

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  4. bonjour Gaby
    je ne sais que dire( peur d'en dire trop ;-) sinon le bonheur dans tout ce qui fait pour toi le plaisir de vivre merci pour ces moments de partage merci d'accepter le fait que je sois une lectrice de base cequ ije le sais ne me met pas dans les idiotes ;-) un bisou voilà mon message

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  5. Je suis contente d'avoir de tes nouvelles en tout cas, même si c'est pour un "coup de gueule" (le terme est un peu fort, je sais). Et je suis tout aussi contente de voir que le blog ne restera pas à l'abandon, car je prends toujours autant de plaisir à te suivre !

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  6. Bonjour Gaby, je ne viens plus très souvent vous lire mais j'apprécie toujours autant, et tout particulièrement ce billet-ci. Alors du coup je me fends d'un petit commentaire pour vous remercier chaleureusement pour tout ce que vous nous avez offert. A bientôt !

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