lundi 31 octobre 2016

Le chant du pluvier de Laprun, Béhé et Surcouf

L'avis de Gaby


Chers lecteurs, 

aujourd'hui je vous fais découvrir une bande dessinée particulière et émouvante. De celles qui touchent au plus profond de soi par sa sensibilité et sa simplicité. Le chant du pluvier fait partie de ces ouvrages graphiques qui ne semblent pas payer de mine, au graphisme assez classique et réaliste des années 80-90. Elle n'a pas de couverture criarde et ne vous chopera pas le regard dans la boutique d'illustrés. Non, cette bande dessinée semble vouloir convaincre plus que séduire, et son trésor se mérite.

Guilhèm, un ethnologue, doit se rendre de toute urgence auprès de sa soeur Marilis et de son père pour assister aux funérailles de sa mère. Le père et Marilis ont toujours vécu sous le même toit, et partagent un fort caractère. Guilhèm a hérité de la personnalité douce et sensible de sa mère. Une fois dans le foyer, il se remémore le souvenir de cette dernière, le seul à le comprendre dans sa famille.
Guilhèm décide alors d'inviter son père à l'accompagner au Groenland...

La force de cette bande dessinée - un coup de cœur, vous l'aurez compris - l'absence de superflu. Les traits sont simples, esquissent le personnage, vont à l'essentiel. Les couleurs ne dépassent pas le nombre de case par case, et restent dans des tons neutres et doux. Nous ne nous perdons pas dans le détail, mais savourons ce calme et ce vide qui retranscrivent avec efficacité l'ambiance qui règnent dans ces lieux : le silence, la discrétion, la solitude, l'enfermement des sentiments.


Et l'histoire douce et subtile de ce père un peu rustre, et ce fils délicat qui doivent accorder leurs deux mondes. Avec en toile de fond, une sœur et fille seule, qui n'a vécu que pour sa famille et doit apprendre à composer et aussi exister pour elle. On ressent la maladresse, ces petites peines lorsque la communication ne passe pas, et ces bonheurs fulgurants quand enfin la connexion entre deux êtres se concrétise.

La découverte du Groenland, de ce milieu si méconnu est aussi un plaisir pour le regard et la curiosité, un univers particulier et discret qui s’entrouvre au lecteur, sans fard et dans toute sa pureté.

Une bande dessinée incroyablement juste, sensible et humainement riche.

- QUOI ??! Au Groenland ? T'es tombé sur la tête ?
- C'est Guilhèm qui a proposé. Ça sera facile, il connaît tout, là-bas !
- T'as jamais pris l'avion !
- J'regarderai pas en bas. En plus au Roger, ils lui ont même servi un cognac dans l'avion... gratuit !


Présentation de l'éditeur

La disparition d'une mère révèle parfois la fragilité des liens qui tissent l'équilibre d'une famille. Entre un père et une sœur dotés d'un caractère bien trempé, Guilhèm éprouve un fort sentiment d'abandon. Pour dessiner une nouvelle géographie familiale, le fils ethnologue d'une nature sensible et délicate invite son père au Groenland. Il espère apprivoiser cet homme en l'éloignant le plus possible de ses repères habituels.

dimanche 30 octobre 2016

Axolot, tome 1, de Patrick Baud

L'avis de Gaby


Je connais Axolot de réputation et, grâce à la vidéo de Florence Porcel, je me suis offert cet album, convaincue par la présentation qui m'en a été faite.
Dans les grandes lignes, Axolot est un youtubeur vulgarisateur, dont la spécialité est de narrer l'étonnant. Dans cet album, il a collaboré avec 14 auteurs et illustrateurs pour nous présenter des histoires toutes plus folles que les autres. Parmi les artistes, je connaissais notamment Boulet et Marion Montaigne, vulgarisatrice scientifique (Chronique de Tu mourras moins bête, tome 1).

Présentation de l'éditeur 
Énigmes, expériences scientifiques, bestioles incroyables... Donner au réel des airs de fables et installer le fantastique dans les bizarreries de notre monde, tel est le talent de Patrick Baud, brillant conteur et créateur du site Axolot. Son but : partager son étonnement face à l'étrangeté de l'univers. Boulet, Marion Montaigne et bien d'autres, offrent un magnifique écrin à cette anthologie de l'insolite.

L'album est très riche en surprise et divertissant. Premier point, il permet de découvrir des illustrateurs qui nous sont potentiellement méconnus. Second point, ces auteurs nous racontent des histoires abracadabrantesques qui nous laissent sur les fesses.

Parmi celles-ci, j'ai été amusée par Mike, le poulet sans tête (en vrai, j'ai déjà vu un poulet courir sans tête étant petite^^ Merci Tonton !), Le grand amour du docteur Tanzler m'a laissée pantoise (au point de devoir la relire). L'illustration de l'histoire sied à ravir avec le contenu. Le faiseur de chimères et le vrai Frankestein m'a bien prise par surprise. Le turc mécanique s'est révélé une anecdote très plaisante. La chose dans le noir a un scénario et des illustrations qui fonctionnent à merveille, très bonne histoire. J'ai vraiment été intéressée par Les cellules d'Henrietta Lacks, récit vraiment passionnant. Je suis allée faire des recherches après Les trois Christs d'Upsilanti et l'île des poupées (bien glauque), donc pari réussi ! J'ai vraiment apprécié Ils dansent, avec sa narration originale et culottée, par conséquent vraiment bien tournée ! J'ai aussi savouré les intermèdes sur les arbres et les biais cognitifs.

Une intéressante bande-dessinée qui se révèle également un très bon cadeau à offrir par sa mise en page et son contenu. A découvrir !



samedi 29 octobre 2016

Sous terre de Rodolfo Fogwill

L'avis de Gaby

Début juin 1992, 24 hommes, déserteurs de l'armée argentine, vivent dans une tranchée sur l'une des îles Malouines. Ils se cachent dans les tunnels et survivent grâce à des communications avec les bases anglaises.

Entre eux, ils se surnomment les Tatous, suite à une anecdote d'un des soldats Santagueno (ou le gars de Santiago), qui a raconté une histoire alors que la petite bande était bloquée un matin de bombardement et n'osait pas rentrer.

Quino est l'un des personnages que l'on suit, dans Sous Terre de Rodolfo Fogwill, auteur argentin. Un narrateur, dont on ne connaît pas le nom, prend également des notes et enregistre les confidences des hommes. Parfois sa présence est signalée, d'autres fois elle passe inaperçue, comme si les passages qu'on lisait étaient nés de sa plume.

Leur quotidien : la survie. Au point de supprimer tous les tatous inutiles en faisant croire aux autres qu'ils sont restés au camps anglais. Chez eux, la bonne image tient en trois fonctions : ne pas râler, avoir un réseau et ramener des objets.

Dans ce récit, il y a très peu de descriptions, et les personnages sont uniquement nommés, comme pour nous souligner l'anonymat de ces figures, et aussi leur insignifiance, perdus à longueur de journée dans l'obscurité des tunnels.

Les hommes attendent secrètement la fin de la guerre, et sont anxieux de passer l'hiver, au point de souhaiter même une défaite. Ils s'affolent de tout, croient apercevoir ou voient vraiment des nonnes.

Un descriptif minimaliste mais assez froid et franc pour nous faire comprendre l'environnement des hommes enterrés vivants, et de leur quotidien répétitif, sur le tranchant et très rude.

Une bonne lecture, qui laisse songeur et entourée d'un certain voile d'abstraction. L'auteur n'a, semble-t-il, pas voulu nourrir son récit de détails à foison, ou alors est-ce par choix d'avoir voulu montrer une vie assez terne. Son récit est en quelque sorte chirurgical.

Je souligne aussi la qualité de la couverture, une reproduction de bataille navale. Une image assez réaliste de ces hommes devenus des pions sur un échiquier et qui doivent tenter de braver la menace de l'élimination arbitraire.

- Ça peu pas être autant..., dit le Turc.
- Tais-toi, le Turc, dit Luciani. Toi, tu t'y connais pour ce qui est de commander, de vendre et d'acheter, Mais tu sais foutre rien de tout ça, alors ferme-la !Le Turc se tut. Il était comme ça : quand c'était dans ses cordes, il commandait, quand il ne savait pas, il savait se taire.
- Partenariat



Présentation de l'éditeur
En 1982, la dictature argentine agonisante décide d'envahir les Malouines, territoire anglais que l'Argentine revendique depuis toujours, afin d'en reprendre possession. Ce sera le déclenchement d'une guerre éclair incroyablement meurtrière. Face à la puissance de frappe sans faille de l'Angleterre thatchérienne, les troupes argentines font pâle figure et capitulent au bout de trois mois. Les soldats Pipo et Quiquito ont à peine vingt ans. Terrifiés, frigorifiés, inexpérimentés, ils se terrent avec leurs compagnons d'infortune dans les tunnels d'une île inhospitalière des Malouines. La nuit, ils s'aventurent à la surface pour se ravitailler tant bien que mal. Puis ils regagnent leurs tanières au lever du jour, où ils attendent, au son de la radio anglaise, des bombes assourdissantes et des histoires qu'ils se racontent inlassablement, la fin de la guerre. Une guerre absurde et perdue d'avance. Fogwill tire de ce conflit violent et méconnu un court récit d'une force inouïe. Il nous parle de la guerre, dépouillée de tout héroïsme ou patriotisme, de ces êtres sommés d'y risquer leur peau, pour une cause clairement futile aux yeux du monde. Le froid, les odeurs, le bruit, l'entraide et les coups durs sont restitués avec un réalisme bouleversant.

lundi 24 octobre 2016

Système 1, système 2, les deux vitesses de la pensée de Daniel Kahneman

L'avis de Gaby


En me rendant dans la plus célèbre et emblématique des librairies de ma ville, j'ai remarqué Système 1 - Système 2, les deux vitesses de la pensée de Daniel Kahneman. Surprise, son auteur a été récompensé par un prix Nobel d'économie, assez surprenant lorsqu'on trouve un tel ouvrage parmi les livres de développement personnel. Sur la quatrième de couverture, de belles promesses : on y découvrirait nos biais cognitifs. Cela m'a convaincu : le raisonnement chez l'individu me fascine.

Autant être honnête, la complexité du livre requiert de la concentration et une certaine implication, sans être inaccessible. Sa lecture demande d'être simplement présent et de ne pas laisser son esprit divaguer au fil des mots.

Dans cet ouvrage, Daniel Kahneman veut nous montrer les ficelles de notre réflexion, et les différentes façons d'absorption et de restitution de l'information. A travers différents exercices et recherches, que des étudiants ont pratiqués ou menés, il nous explique nos erreurs et nos aberrations. Ainsi, nos propos spontanés ne sont pas si anodins et sont produits à travers des souvenirs et des idées emmagasinées, de même que nos opinions peuvent être construites par des influences extérieures sans que nous n'en prenions garde.

Daniel Kahneman prend des exemples concrets de la vie quotidienne et pointe nos erreurs d'appréciation et de jugement. Il questionne aussi la position des experts, le bien-fondé des sondages et nous met en garde contre notre paresse intellectuelle. Toutefois, il demeure réaliste. Même si nous passions notre temps à veiller à réfléchir avant de s'exprimer ou de s'incliner vers une idée, l'erreur ne peut être évitée éternellement. En effet, nous dépendons de nos expériences et de nos connaissances. Et pour réellement diminuer le taux d'échecs, il semblerait tout naturel de considérer qu'il faut garder l'esprit ouvert à toute idée, tout en veillant à préserver également un esprit critique. Un équilibre difficile mais l'enjeu apparaît délicieux, non?


Comme l'ont souligné les spécialistes des sciences cognitives ces dernières années, la cognition est incarnée; vous pensez avec votre corps, pas seulement avec votre cerveau.



Présentation de l'éditeur

Comment prenons-nous nos décisions ? Qu’est-ce qui guide nos préférences et nos jugements ? Quand faut-il faire confiance à notre intuition ? Tels sont les fils rouges de cet ouvrage, dans lequel Daniel Kahneman nous emmène à la rencontre étonnante des deux « personnages » qui se partagent notre esprit. Le « Système 1 » est rapide, intuitif et émotionnel ; le « Système 2 » est lent, réfléchi et logique. Via de multiples expériences auxquelles le lecteur est invité à s’essayer lui-même, Daniel Kahneman expose les ravages des partis pris et autres biais cognitifs dont nous sommes les jouets : illusion de familiarité, effet de halo, biais optimiste, effet d’ancrage… Fruit de toute une vie de recherche, Système 1 / Système 2 dessine une théorie brillante qui offre des prolongements pratiques immédiats dans la vie quotidienne et professionnelle.

jeudi 20 octobre 2016

Zoo city de Lauren Beukes

La biblio de Gaby

Rédigée par Lauren Beukes, auteure sud-africaine, l'histoire de Zoo city nous emmène dans un environnement brut et violent, peu adapté aux âmes tendres. Zinki, ancienne junkie et journaliste, porte le poids de sa culpabilité en la métaphore d'un paresseux, une sorte de familier assez semblable à ceux existant dans l'univers de La boussole d'or. La jeune femme vit dans un quartier de Johannesburg, dans lequel est concentré la population la plus dangereuse et marginale. Elle survit en trompant le monde pour payer sa liberté. Jusqu'au jour où on lui propose de participer à un grand coup pour définitivement être libre.

Couverture, titre et résumé ne pouvaient pas être plus aguicheurs. Peu familière de fantasy et de fantastique, mon envie était de m'immerger dans d'autres mondes. L'univers de Zoo City m'a retournée. Malaise et désir d'en venir à bout m'ont tourmentée tout au long de ma lecture, au point que je me suis promise de ne plus lire aucun livre de cette auteur tellement ce thriller est dur dans sa psychologie, son environnement et son intrigue.

Sous la plume de Lauren Beukes, l'histoire happe le lecteur, lui colle une sorte de poussière issue de la pollution environnante bien grasse, lui fait découvrir des âmes noires et torturées. L'univers de Zinki, c'est la débrouille, la pénitence, la survie. Rien ne brille, tout peu basculer dans le pire. Un roman qui m'en a fait baver par son intensité, sa profondeur, et cette lecture immersive.

Comme dans Les liaisons dangereuses dont je vous ai parlé un peu plus tôt, la complexité des âmes, les desseins des individus, mais aussi le poids de leur culpabilité pèsent sur leur lecteur. A travers les pages, j'avais l'impression de plonger toujours plus loin dans un milieu de détresse, sans sentimentalisme ni délicatesse. Tout est nu, rude, dur, écorché.  Comme voir l'âme d'un être humain sans rideau, ouvert totalement, qu'on pourrait explorer dans sa crudité et en détail, remonter tous les vaisseaux de ses inclinations et les observer avec une netteté absolue.

Une lecture rude, qui me fout une boule à la gorge quand j'y pense. Et dont le récit est génial par son atypisme et sa marginalité, à l'image de ses personnages. Un roman complètement barré par certains aspects, piétinant sans vergogne l'idée du familier mignon que l'on serait tenté d'imaginer. Une expérience à vivre pour comprendre. Ne me remerciez pas si vous franchissez le pas. Je ne vous en voudrais pas.

Certaines choses perdues ne peuvent pas être retrouvées. Comme la jeunesse, par exemple. Ou l'innocence. Ou (navrée pour vous, madame Luditsky) la valeur de l'immobilier une fois que les taudis ont commencé à déborder. Les bagues, en revanche, c'est facile. Comme les clés, les lettres d'amour, les jouets préférés. les photographies égarées et les testaments manquants. J'ai même retrouvé une chambre perdue, une fois. Mais, j'aime m'en tenir aux choses simples, aux petits objets. Après tout, le dernier truc conséquent que j'aie trouvé était une vilaine accoutumance à la came. Et voyez ce que ça a donné.

Présentation de l'éditeur


Ancienne journaliste et ex-junkie, Zinzi habite Zoo City, un quartier de Johannesburg peuplé de marginaux et de criminels qui se sont vus attribuer la charge d'un animal symbiotique. Si l'animal meurt, son propriétaire aussi. 
" Animalée " après la mort de son frère, Zinzi est affublée d'un paresseux qu'elle porte sur son dos. Elle vit désormais de petites arnaques et recherche ce ou ceux que les gens ont perdu(s). Elle est exceptionnellement douée pour cela. 
Justement, une célèbre pop star s'est volatilisée. Zinzi espère tenir là son billet de sortie de Zoo City. Mais elle devra pour cela s'enfoncer plus encore dans les bas-fonds du ghetto...

mercredi 19 octobre 2016

Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos

L'avis de Gaby

Je me devais de découvrir Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. Quelques années auparavant, j'avais vu le film Sexe intentions, inspiré du livre, et j'avais assez bien aimé. Comme l'ouvrage est l'oeuvre préféré de nombreux lecteurs, je me suis lancée dans l'aventure. Cela faisait d'ailleurs un certain temps que je n'avais pas plongé dans un classique.
Si vous êtes un lecteur averti, le roman est sous forme épistolaire, avec comme principaux protagonistes la marquise de Merteuil et Valmont.

> La marquise de Merteuil apprend que le comte de Gercourt, projette d'épouser la jeune Cécile Volanges. Victime d'un adultère de sa part, elle entend se venger de l'outrage en pervertissant Cécile. Elle fait appel à son ancien amant Valmont, à qui elle confie la mission de dévergonder la jeune fille avant son mariage.

Le livre est écrit d'une main de maître et il est difficile de s'ennuyer, à première vue. Les lettres s'enchaînent, et approfondissent l'intrigue. On fait la connaissance de Danceny, dont tombe amoureuse Cécile, de la présidente de Tourvel, mariée ingénue, de Madame de Rosemonde, tante de Valmont et connaissant peu la vie de son neveu et enfin de la mère de Cécile, Madame de Volanges.
L'auteur retranscrit avec finesse et précision le caractère humain, à tel point que cela apparaît réaliste. Un réel qui m'a fait, curieusement, détesté la lecture tout en appréciant l'intrigue.

"Je dirai bien comme Socrate : J' aime que mes amis viennent à moi quand ils sont malheureux mais en sa qualité de Philosophe, il se passait bien d' eux quand ils ne venaient pas."
Le comportement des deux amis-amants, la marquise de Merteuil et Valmont, est sournois et abject. Leur manipulation, leur mesquinerie, et leur prétention à la supériorité sont travaillées et si bien développées qu'il est difficile de ne pas les détester. Lire autant de souffrance chez des personnages, par le fait de deux odieuses personnalités, ne m'a pas vraiment laissé un bon souvenir.

Le récit intense, travaillé et les joutes belles et détaillées laissent difficilement le lecteur de marbre. La forme épistolaire nous implique dans le roman, on se sentirait presque aussi sale qu'eux, témoin de ces échanges personnels et qui ne s'embarrassent pas de pudeur. La vicieuse marquise de Merteuil domine,  manipule et brille. Totalement égoïste et n'hésitant pas à mener à leur perte des individus dont elle se soucie peu. Valmont a tout autant de "panache" dans cet univers même si on sent une certaine admiration de sa part pour sa correspondante.

Même si le livre est dans sa forme et dans son fond d'une certaine intelligence et montre une grande implication et habileté de l'auteur, le récit m'aura laissé un écoeurement et un certain dégoût. Je ne renouvellerai pas l'expérience, le côté obscur de la force froide et de ce type de manigances satisfont peu mon intérêt. Par contre, je suis curieuse de comprendre la raison d'autant de louanges face à ce récit. Est-ce pour l'habileté de l'auteur à écrire une histoire dont l'intrigue est rondement menée ou tout simplement le récit? Pour ma part, je n'en ai tiré aucun plaisir.


Présentation de l'éditeur



Au petit jeu du libertinage, l'adorable Valmont et la délicieuse Madame de Merteuil se livrent à une compétition amicale et néanmoins acharnée : c'est à celui qui aura le plus de succès galants, et le moins de scrupules. Peu importent les sentiments, seule la jouissance compte. Les conquêtes se succèdent de part et d'autre, jusqu'à ce que Valmont rencontre la vertu incarnée : la présidente de Tourvel. Elle est belle, douce, mariée et chaste : en un mot, intouchable. Voilà une proie de choix pour Valmont : saura-t-il relever ce défi sans tomber dans les pièges de l'amour ? De lettre en lettre, les héros dévoilent leurs aventures, échangent leurs impressions et nous entraînent dans un tourbillon de plaisirs qui semble n'avoir pas de fin.


mardi 18 octobre 2016

Luz de Marin Ledun

L'avis d'Ondine




Luz a quatorze ans. C'est le début des vacances et elle n'a pas envie de rester en ce dimanche à la maison à passer son temps à table. Tous les dimanches se ressemblent. Les adultes, ses parents et leurs amis passent leur après-midi, dans la cour assis autour d'une table, à manger et à boire. Il ne se passe rien d'intéressant pour Luz. De plus, Vannier, le voisin et ami de son père, a un comportement 
tendancieux et plus que limite avec elle et cela lui est plus qu'insupportable.

Elle décide d'étrenner son nouveau maillot de bain et part se rendre à la rivière pour s'y baigner et échapper à cette ambiance familiale qui lui pèse. Sur la rive de la Volte, elle rencontre Thomas, un élève de troisième et Marion, l'amie de ce dernier. Luz a un faible pour Thomas. La chaleur et le peu d'alcool qu'elle a bu lui donnent ce courage inespéré pour s'imposer auprès de Thomas et Marion. N'est-ce-pas là l'occasion tant attendue pour aborder le jeune homme. Malheureusement ce dimanche qui se présentait enfin sous de bon augure va tourner au cauchemar.

Luz arrivera-t-elle à gérer cette situation imprévue et sortir saine et sauve de ce cauchemar ? Il faudra lire cet excellent roman de Marin Ledun pour le savoir. 

Ecrit pour la section jeunesse, totalement accessible aux adolescents comme aux adultes, il aborde avec réalisme ce besoin de tout jeune d'être considéré comme un adulte tout souhaitant conserver ce sentiment inavoué d'avoir toujours besoin de se sentir un enfant protégé par des parents conciliants et aimants. Ce dilemme n'empêche pourtant pas les adolescents à se comporter avec le même courage , le même instinct de survie et les mêmes travers pervers que les adultes. Que l'individu soit un adulte ou un adolescent, les enjeux et les réactions sont souvent dictés par les mêmes sentiments d'envie, de frustration et d'insatisfaction.

Un roman qui se lit vite et qui est écrit avec intelligence. Il raconte une histoire simple, qui peut arriver à toute personne mais qui dans cette même simplicité parle non seulement de l'être humain mais de cet infime moment où la vie peut basculer dans l'horreur. Un très bon moment de lecture. Un auteur que j'affectionne pour sa façon simple et si juste de raconter les gens. Un regard objectif, compatissant, lucide tout en gardant une réelle tendresse pour ses personnages. Des histoires dans lesquelles le lecteur peut s'y reconnaître et qui marquent par l'authenticité du ton.

J'adore.

Un auteur à découvrir.


Présentation de l'éditeur 

Premier dimanche des vacances d'été. Luz claque la porte de chez elle, furieuse après ces adultes qui restent à table . jusqu'au milieu de l'après-midi, qui rient et qui boivent trop. Légèrement grisée par le soleil brûlant, l'adolescente gagne les rives de la Volte où se prélassent des groupés de baigneurs. . Elle rencontre Thomas, un élève de troisième qu'elle connaît peu mais qui lui plaît, accompagné d'une amie. Tous trois décident de se rendre jusqu'à un point d'eau difficile d'accès, mais beaucoup moins fréquenté. Là où la nature devient dangereuse, les rencontres aussi...

lundi 17 octobre 2016