samedi 29 octobre 2016

Sous terre de Rodolfo Fogwill

L'avis de Gaby

Début juin 1992, 24 hommes, déserteurs de l'armée argentine, vivent dans une tranchée sur l'une des îles Malouines. Ils se cachent dans les tunnels et survivent grâce à des communications avec les bases anglaises.

Entre eux, ils se surnomment les Tatous, suite à une anecdote d'un des soldats Santagueno (ou le gars de Santiago), qui a raconté une histoire alors que la petite bande était bloquée un matin de bombardement et n'osait pas rentrer.

Quino est l'un des personnages que l'on suit, dans Sous Terre de Rodolfo Fogwill, auteur argentin. Un narrateur, dont on ne connaît pas le nom, prend également des notes et enregistre les confidences des hommes. Parfois sa présence est signalée, d'autres fois elle passe inaperçue, comme si les passages qu'on lisait étaient nés de sa plume.

Leur quotidien : la survie. Au point de supprimer tous les tatous inutiles en faisant croire aux autres qu'ils sont restés au camps anglais. Chez eux, la bonne image tient en trois fonctions : ne pas râler, avoir un réseau et ramener des objets.

Dans ce récit, il y a très peu de descriptions, et les personnages sont uniquement nommés, comme pour nous souligner l'anonymat de ces figures, et aussi leur insignifiance, perdus à longueur de journée dans l'obscurité des tunnels.

Les hommes attendent secrètement la fin de la guerre, et sont anxieux de passer l'hiver, au point de souhaiter même une défaite. Ils s'affolent de tout, croient apercevoir ou voient vraiment des nonnes.

Un descriptif minimaliste mais assez froid et franc pour nous faire comprendre l'environnement des hommes enterrés vivants, et de leur quotidien répétitif, sur le tranchant et très rude.

Une bonne lecture, qui laisse songeur et entourée d'un certain voile d'abstraction. L'auteur n'a, semble-t-il, pas voulu nourrir son récit de détails à foison, ou alors est-ce par choix d'avoir voulu montrer une vie assez terne. Son récit est en quelque sorte chirurgical.

Je souligne aussi la qualité de la couverture, une reproduction de bataille navale. Une image assez réaliste de ces hommes devenus des pions sur un échiquier et qui doivent tenter de braver la menace de l'élimination arbitraire.

- Ça peu pas être autant..., dit le Turc.
- Tais-toi, le Turc, dit Luciani. Toi, tu t'y connais pour ce qui est de commander, de vendre et d'acheter, Mais tu sais foutre rien de tout ça, alors ferme-la !Le Turc se tut. Il était comme ça : quand c'était dans ses cordes, il commandait, quand il ne savait pas, il savait se taire.
- Partenariat



Présentation de l'éditeur
En 1982, la dictature argentine agonisante décide d'envahir les Malouines, territoire anglais que l'Argentine revendique depuis toujours, afin d'en reprendre possession. Ce sera le déclenchement d'une guerre éclair incroyablement meurtrière. Face à la puissance de frappe sans faille de l'Angleterre thatchérienne, les troupes argentines font pâle figure et capitulent au bout de trois mois. Les soldats Pipo et Quiquito ont à peine vingt ans. Terrifiés, frigorifiés, inexpérimentés, ils se terrent avec leurs compagnons d'infortune dans les tunnels d'une île inhospitalière des Malouines. La nuit, ils s'aventurent à la surface pour se ravitailler tant bien que mal. Puis ils regagnent leurs tanières au lever du jour, où ils attendent, au son de la radio anglaise, des bombes assourdissantes et des histoires qu'ils se racontent inlassablement, la fin de la guerre. Une guerre absurde et perdue d'avance. Fogwill tire de ce conflit violent et méconnu un court récit d'une force inouïe. Il nous parle de la guerre, dépouillée de tout héroïsme ou patriotisme, de ces êtres sommés d'y risquer leur peau, pour une cause clairement futile aux yeux du monde. Le froid, les odeurs, le bruit, l'entraide et les coups durs sont restitués avec un réalisme bouleversant.

2 commentaires:

  1. Je ne suis pas sûre d'adhérer au ton très "chirurgical" comme tu dis... Du coup, je ne sais pas. Par contre, je suis d'accord, la couverture est très chouette.

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    1. C'est un roman qui effectivement manque un peu de chaleur. Sa particularité est d'avoir été rédigé par un Argentin qui a vécu le conflit. Peut-être trouveras-tu un extrait sur le site de la maison d'édition.

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